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PRÉSENTATION

PROJET DE REDÉCOUVERTE DU THÉÂTRE FUTURISTE RUSSE

Le projet de la redécouverte du théâtre futuriste russe à Paris a surgi suite à une série d’événements.

Chronologiquement, le premier peut être attribué au 6 septembre 2004.
C’était pendant mon voyage à St-Pétersbourg le jour quand avec un ami nous étions invités à l’exposition “Valet de Carreau, l’avant – garde russe” au Musée Russe. En soulignant une extraordinaire vivacité des couleurs, mon ami a attiré mon attention sur l’intérêt de l’utilisation d’une telle intensité de la couleur dans mon travail.

En revenant à Paris, j’ai commencé à travailler sur mon projet d’exposition « La Source », qui a eu lieu en décembre 2007 dans une des galeries du jardin du Palais Royal. Les peintures étaient des copies de photographies abstraites très colorées, et les frontières entre la photographie et la peinture devenaient ainsi de moins en moins claires. Sur les invitations j’ai décrit notre conversation au sujet de la couleur.

La cloche de la porte sonnait fréquemment, les gens entraient dans la galerie, et pendant l’une de ces visites une rencontre peu commune a eu lieu. En dérangeant fortement la cloche et en accompagnant ce bruit d’une respiration très forte, une personne âgée est entrée dans la galerie et, semblable à une énorme montagne, s’est littéralement effondrée sur le sofa, en me demandant poliment de ne pas me lever. Ma taciturnité ne le gênait pas, il a commenté mes oeuvres avec les remarques d’un connaisseur, et soudainement, après avoir lu le texte sur les invitations, une véritable lumière est apparue dans ses yeux. Ces invitations sont devenues le deuxième événement dans la chaîne de cette histoire, car notre conversation a immédiatement passé au théâtre futuriste russe. Il riait en racontant comment il imitait l’accent russe dans une conversation téléphonique, en défendant sa publication d’un article sur Maïakovski; et sur comment ont été présentées les pièces de Khlebnikov’ à Paris en 1967. Pendant toute cette conversation une dame nous aidait à communiquer en répétant mes mots de telle sorte que l’homme puisse les lire sur ses lèvres. L’émotion se sentait dans sa respiration, mais l’essoufflement n’affectait pas le désir d’extraire de sa mémoire des événements exceptionnels, des dates, des noms.

Soudainement l’homme a cessé de parler et s’est mis à méditer ; après le silence il a dit à quoi il pensait : il cherchait le nom de la « coquine, la sœur aînée de l’épouse de Louis Aragon », et a mentionné entre autre sa querelle avec ce dernier. Notre conversation se poursuivait en touchant à ses relations avec Boris Vian, André Breton, et le « jeune danseur » Maurice Béjart, mais à plusieurs reprises il revenait à ce nom oublié. Pas du tout sure de ma proposition, j’ai avancé: “Lili Brik?” Tous les deux, l’homme et la dame, ont commencé à incliner la tête en répétant avec joie : « Lili, Lili Brik ». En un mot, tous ceux qui faisaient pour moi partie de l’histoire, que j’ai connu dans les manuels de la littérature et dans les livres, ont soudainement revit avec de précieux détails de traits de caractères que des biographes préfèrent souvent omettre. C’était incroyablement émouvant et émotionnellement vif.

Deux jours plus tard j’ai reçu une lettre avec un magazine
dont les pages avaient déjà jauni. Il a été édité en 1967 et était consacré au théâtre futuriste russe et italien (Marinetti, Khlebnikov, Maïakovski, Pasternak), et le rédacteur en chef en était Maurice Lemaître, cette personne que je viens de décrire comme un homme fatigué et souffrant du poids des années passées sur terre, mais également marqué par un certain succès dans son travail sur le développement du théâtre contemporain. Deux jours après la lettre Maurice Lemaître m’a encore rendu visite dans la galerie et m’a apporté ses livres, des brochures théâtrales, ses correspondances avec le Ministère de la Culture et notamment avec le célèbre ministre André Malraux, des photocopies de ses articles au sujet de la fondation du « Théâtre Neuf » en 1959 qui a vu les pièces des futuristes ainsi que des surréalistes et des dadaïstes.

Je savais déjà qu’il était l’un des fondateurs du Lettrisme,
mouvement littéraire et artistique apparu en 1945, qui s’attache à la musique des lettres; j’ai également découvert que le Centre Georges Pompidou et le Musée d’Art moderne de Paris ont présenté la rétrospective de son travail qui touchait non seulement à la poésie mais aussi à la sculpture, à la photographie, à la peinture, et même à la cinématographie. Nos rencontres se multipliaient, et lors de l’une d’elles Maurice Lemaître m’a proposé de faire une nouvelle traduction d’une pièce de Maïakovski et de continuer son travail en la présentant sur la scène française. Mon envie de travailler sur ce projet était évidente, mais je me demandais avec angoisse par quoi commencer afin de le mener jusqu’au bout et comment souligner son actualité.

C’est complètement par hasard que je suis tombée sur le site d’une galerie d’art qui présentait une exposition consacrée à Maïakovski. Cette exposition est devenue pour moi le troisième événement. J’ai immédiatement contacté la galerie en proposant de faire une conférence sur mon projet. Lors de cette conférence Maurice Lemaître a prononcé un discours où il se référait aux grands mouvements d’art du début du 20ème siècle, en évoquant des personnalités russes qui ont marqué leur époque tels Kazimir Malevitch et Vassily Kandinsky, et qui ont eu une grande influence sur le monde de l’art occidental. Il les a comparés au marché d’art qui déborde aujourd’hui de la production de pop-art remixé. À son avis, cette tendance, dans son souci de bénéfices et donc de quantité de production, ne laisse même pas le temps de retenir les noms des artistes, qui apparaissent et disparaissent aussi rapidement. Maurice Lemaître a conclu en souriant : « Aujourd’hui Maïakovski n’est pas parmi nous mais il revient dans la conversation en compagnie d’une jolie dame».

J’ai exprimé mon intention de traduire l’une des pièces du poète : « Mystère – Bouffe », en mettant l’accent sur la volonté de Maïakovski qu’il avait exprimé dans l’introduction de rendre ainsi la pièce éternellement contemporaine : «Plus tard, vous tous qui allez jouer, mettre en scène, lire, imprimer « Mystère-Bouffe », changez le contenu, faites-le contemporain, actuel, présent. »
Mes paroles ont été suivies d’une lecture en français du prologue de la pièce par l’interprétation d’une mezzo-soprano. Il était tout à fait étrange d’entendre en français ces lignes si familières en russe, mais tout ceci n’était pas pour autant privé de la force qu’avait l’original.

Maïakovski lui-même dans sa correspondance avec son traducteur allemand a demandé de ne pas le croire si un jour il disait que ses lignes étaient intraduisibles.

Je dois admettre que dans cette conférence le prologue a servi de véritable point d’exclamation. Elle a donné ses fruits. Juste après la lecture j’ai eu quelques contacts avec le cercle théâtral me permettant de poursuivre mon projet.

Aujourd’hui « Mystère-Bouffe » cherche un éditeur,
la pièce est traduite en Français, son contenu est actualisé mais la forme demeure fidèle à la première édition. Une expérience théâtrale analogue a déjà été réalisée en 1967 par le metteur en scène Peter Fomenko. Avec Mark Rozovsky il a présenté la pièce pour le cinquantième anniversaire du régime soviétique dans le théâtre de Lensovet. Cela lui a coûté sa carrière, car il a été écarté de la profession jusqu’en 1972. Ce qui est curieux c’est que tous les critiques ont donné un avis extrêmement favorable à son adaptation de la pièce, ce dont témoignent les protocoles, il a été expressément dit que le spectacle était spectaculaire et féerique. Le destin du premier producteur était encore plus tragique. Vsevolod Meyerhold s’est rapproché de Maïakovski pendant la période 1907-1917 et avait mis en scène « Mystère – Bouffe » à Petrograd en 1918. En 1939 il a été arrêté et exécuté en secret en 1940.
Les tentatives de fermer le théâtre de Meyerhold ont assurément fait leur effet sur Maïakovski.

Sans entrer dans les détails de la cause de la mort du poète,
je dois avouer ma surprise quand j’ai découvert, dans le numéro du magazine consacré au théâtre futuriste russe passé Maurice Lemaître, qu’en France le suicide de Maïakovski avait été présenté comme le refus du régime politique. La France démocratique a-t-elle avancé cette version en protégeant son propre régime ? Les rumeurs au sujet du meurtre politique sont aujourd’hui très persistantes. Est-ce l’intérêt du régime politique en place que de présenter ainsi l’ancien ou est-ce un fait prouvé ? En tous cas, ce qui est certain est que l’œuvre de Maïakovski est vivante et respire très fort.

Quelle est la nouvelle mission de « Mystère – Bouffe » ?
L’identification du problème actuel se résume en l’idéologie de la société de consommation. Autrement dit, l’adaptation de la pièce ne pouvait se faire autrement que dans le cadre du discours économique. La question de la protection de l’environnement y est également présente. Et c’est en cela que cette pièce d’un auteur futuriste est bien fidèle à son mouvement, elle reste toujours tournée vers le Futur, celui de notre planète et des générations suivantes. La pièce parlera pour elle-même.

En conclusion, j’aimerais juste attirer votre attention sur le fait que le projet vit, un article est déjà apparu dans la revue d’art russe « Performance », et fera bientôt retentir les librairies et les théâtres avec la nouvelle version de « Mystère – Bouffe » !

L’article initialement publié dans le magazine littéraire et artistique
PERFORMANCE

Liens : www.lifeart.narod.ru/

www.lifeart.narod.ru/nom27-28/p28_21.htm

PROLOGUE

PROLOGUE DE MYSTÈRE-BOUFFE.

Pièce qui change de contenu pour avoir de vraies tenues !

Son auteur l’a rendu telle pour qu’elle soit encore plus belle !

Il faut donc vous expliquer pourquoi un désordre tel.

Depuis quand ce lieu de Culture est rempli de tant d’ordures ?

Le beau monde respectueux trouvera tout cela scandaleux, mais étant gâté par l’art vous y êtes pour une surprise c’est de quoi l’on m’a fait part .

Pourquoi donc aller plus loin, et monter un très beau coin ?

Ce n’est pas très à la mode dans notre art contemporain. On explore le monde du trash, donc pour faire un puissant flash nous prenons tout à la lettre pour ne surtout compromettre les tendances actuelles.

Ellesne sont pas toutes nouvelles, et pour revenir aux sources tout le résultat des courses est là !

C’est pour nous très important, les bijoux qui comptent tant, les vêtements et les CD, appareils et DVD, sacs de marques, paniers pour parcs, tout ceci est bien chez vous donc il reste à nous ainsi tout prêt ce sujet.

Ce que cache un nombre de poubelles en rendant les scènes toutes belles nous avons sorti ici pour montrer en toutes couleurs toute leur pondérale grandeur !

Car dans notre premier acte dans le ventre de la terre on entend d’étranges bruits puis elle soudainement vomit .

Dans l’énorme déluge d’ordures elle laisse fuire sept couples d’impurs et autant de couples purs.

Pour vous dire cela autrement quatorze intellectuels carrément et quatorze oligarques où se glisse sans remarque, en tombant trois fois par terre, un petit minoritaire .

Le pole nord est englouti, la dernière cachette partie, tous se mettent à chercher comment faire une arche, une vraie.

Dans le deuxième acte le public élabore un pacte :
comment pendant ce long voyage organiser le nettoyage afin de garder l’arche sans inutiles emballages.

Avec la voix du minoritaire les oligarques sont à la mer.

Le troisième acte démontre bien les intellectuels ne craignent en enfer rien même la pénurie des biens.

Puis tout le quatrième acte laisse rire tout le monde sans aucun tact du paradis des millionnaires.

Le cinquième acte nous tous fait taire : la destruction devient la mère d’une nouvelle vie, qui petit à petit forme une nouvelle idéologie, et les problèmes sont résolus ainsi .
Le sixième acte nous plonge dans le bonheur avec toutes les ressources illimitées comme vrai facteur.

Alors chantez tous avec nous ! Faites tous partie de ce spectacle !

Est-ce prêt ?
Et l’enfer ?
Et le paradis ?

Derrière les coulisses :
C’est prêt !
Davaï !